Le monde du luxe aurait-il fini de manger son pain blanc ? Et la mode, satellite glamour s’il en est, serait-elle sur le point de perdre de sa superbe et de dévoiler sa face sombre, loin, très loin des strass, des catwalks et autres fashion week survoltées ? C’est une suite d’événements plus ou moins dramatiques, en tout cas tous significatifs, qui frappe depuis des mois l’industrie du luxe, interrogeant inévitablement sur la pertinence d’un système qui a peut-être fait son temps.

La valse morbide des DA
Si le scandale autour du départ de John Galliano de la maison Dior est encore dans toutes les mémoires, il a aussi permis de mettre en lumière les coulisses du quotidien de ces directeurs artistiques flamboyants et longtemps adulés. Des créatifs géniaux, soumis à des cadences infernales, confrontés à des enjeux financiers colossaux, à qui les patrons du luxe imposent désormais jusqu’à huit collections par an. Noyant pressions et angoisses dans les drogues, l’alcool ou les antidépresseurs, ils finissent par imploser littéralement, éclaboussant au passage une industrie glossy, aveuglée par son propre miroir. Dans le sillage de Galliano, la maison Balmain vient d’annoncer le départ de Christophe Decarnin, styliste surdoué, auteur du renouveau exceptionnel de la marque. L’ultra-sensible directeur artistique, admis en maison de repos, n’avait pu venir saluer lors de son défilé de la dernière fashion week parisienne. Du plus tragique (le suicide terrible d’Alexander McQueen en 2010) aux annonces récentes des départs de Cédric Charlier de chez Cacharel pour mésentente avec sa direction, ou de celui de Vanessa Seward de la création de la maison Azzaro, un voile d’ombre s’étend inexorablement sur le monde du luxe.
Des disparitions funestes
Ce tableau n’est pas plus réjouissant du côté des mannequins. L’excellent documentaire « Picture Me », réalisé par la top Zara Ziff en 2010, dépeignait déjà le backstage sordide des jeunes modèles, véritable chair à canon du secteur. De la jeune mannequin anorexique Isabelle Caro, morte d’épuisement en enchainant les campagnes, au décès du superbe top-modèle colombien Lina Marulanda, qui se jeta par la fenêtre de son appartement, en passant par les suicides de mannequins masculins aux carrières internationales (Ambrose Olsen ou encoreTom Nicon), les disparitions funestes s’enchaînent. Et là encore, les cadences des défilés, la pression, la solitude, les paradis artificiels sont évoqués…
Force est de constater que les groupes du luxe sont confrontés à une crise identitaire forte qui pourrait, à terme, venir impacter les chiffres des ventes. Espérons que les dirigeants d’LVMH et autres empires du rêve, sauront prendre la mesure du phénomène. Réagir en restructurant les équipes de création autour des métiers historiques de chacun, revenir aux valeurs de rigueur et d’exception attendues par la cliente du luxe, pourraient constituer quelques premières pistes (sensibles) de réflexion.