En quelques saisons, Isabel Marant a su devenir une figure incontournable de la fashion sphère, imposant aux happy few cosmopolites une allure boho-rock reconnaissable entre toutes. Maille loose, blazers courts épaulés, slim en cuir ou en denim, jupes courtes et bottes molles constituent le nouvel uniforme plébiscité par les jeunes amazones urbaines. La consécration d’une carrière démarrée il y a plus de 20 ans, soutenue de bout en bout par une presse féminine complice et élogieuse, qui conduisit la créatrice parisienne à ouvrir une première boutique à New York au printemps dernier.

La marque de fabrique d’Isabel Marant a longtemps été assimilée à une mode sans concession, privilégiant les matières nobles et durables, lavées, travaillées, toujours en marge des courants de mode jetable. Inspirations ethniques passées à l’épreuve de l’asphalte, sens inné de l’air du temps, vraie envie de vêtir les femmes dans leur vie de tous les jours, les fidèles ont vu la griffe de la pimpante quadra, évoluer au fil du temps et « grandir » avec sa créatrice. Joliment bohème au démarrage, la silhouette s’est aiguisée et féminisée saison après saison, se faisant plus nette, plus précise, toujours plus près du corps sans pour autant jamais l’entraver. Sublimés par des mannequins slaves aux jambes bronzées interminables, toujours plus fines, plus blondes, plus élancées, véritables lianes aventurières, les modèles Isabel Marant ont peu à peu perdu leur caractère accessible, pour atteindre une zone hybride quelque part entre image et fantasme. Un pays où déambulent lascivement les nouvelles égéries de la marque, Daria Werbowy, Kate Moss ou récemment Gisèle Bündchen.

Isabel Marant - Défilé Printemps Eté 2011

La mode Isabel Marant est devenue une mode iconique, une mode pour mannequins et pour très jeunes femmes, de celle dans laquelle on se projette plus que l’on ne porte. Pas étonnant que la talentueuse styliste soit une des plus « copiées » par les géants de la distribution reproduisant à l’envie ses modèles à destination d’adolescentes au budget serré. Car à y bien regarder, et tous séduisants et désirables qu’ils soient sur les podiums, il est probable que les t-shirts XL en maille résille, les mini jupes à volants, les sweats à capuches et autres blousons teddy de la collection Eté 2011, fassent plus le bonheur des 13-18 ans en goguette chez H&M que des trentenaires working girls, fussent-elles ravissantes et polyglottes.