Une semaine que la France vit dans un flot d’information continue. Chaines infos, twitter, portables, le fil est constant, incessant, ininterrompu, addictif. La place de la République, lieu spontané de recueillement, est devenue un vaste plateau télé où se dressent les tentes des médias du monde entier. Là où les images sont livrées à l’état brut au spectateur (in)crédule, Facebook lance son filtre bleu blanc rouge, voile patriote revêtu quasi instantanément par des centaines de milliers de profils. Partout l’émotion est intense, la compassion immense, la tristesse infinie.

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Je repense alors à l’essai surprenant et ardu publié par Serge Tisseron il y a déjà plusieurs années. Dans Vérités et mensonges de nos émotions, le célèbre psychiatre s’interrogeait sur la confusion des sentiments issue du traitement des drames collectifs par les grands médias. Il y comparait les chaines d’info à des mères hystériques transmettant aux enfants des émotions folles. « Méfiez-vous de vos émotions », nous alertait-il, ne confondez pas celles provoquées par les fièvres collectives et vos émotions personnelles, enfouies, et bien réelles celles-ci.

A l’heure des messes émotionnelles et de l’incantation unanime à positiver, à continuer de vivre, il est des émotions dont l’on parle peu: la peur, l’effroi, la haine, le sentiment d’injustice, l’agressivité, toutes légitimes elles aussi. Tisseron nous rappelle que les émotions naissent toujours d’une forme de confusion. Continuons à ce qu’elles s’entrechoquent et luttent en nous de manière protéiforme. C’est cela aussi, être vivant.

Vérités et Mensonges de nos émotions, Serge Tisseron (Albin Michel)