C’est donc le second numéro de Vogue signé par Emmanuelle Alt qui vient de sortir en kiosque. En couverture, de puissants bras masculins se disputent une Kate Moss resplendissante, objet de toutes les convoitises. Et s’il est vrai que le prochain et très médiatique mariage de la lumineuse brindille,  justifie à lui seul sa présence en Une du magazine, celle-ci vient renforcer les premières impressions que nous avaient laissées l’opus initial du Vogue 2.0.

Les deux premières couvertures du Vogue 2.0

Faire peau neuve

En plaçant la beauté au cœur du magazine, l’ancienne directrice artistique promue rédactrice en chef, semble vouloir insuffler de la fraicheur, de la complicité et de l’innovation au cœur de la bible des fashionistas. En effet, plus démocratiques et consensuelles que des  séries mode aux partis pris tranchés, les pages beauté parlent à toutes les femmes, et ce, quelles que soient leur âge ou leurs mensurations. Beaucoup plus nombreuses que sous l’ère Roitfeld, les pages beauté occupent une place de choix dans chacun des deux numéros, égrainant au passage leur lot de nouveautés et d’innovation, pour le plus grand plaisir des annonceurs du célèbre glossy.

Rompre avec la (lux)ure

En choisissant successivement Gisèle Bündchen et Kate Moss pour ouvrir le bal de ses futures publications, Emmanuel Alt ne prend pas de risques. Elle confessait d’ailleurs, il y a quelques semaines, souhaiter poursuivre les collaborations avec ces modèles stars dont elle se sent proche. On notera également que le choix de ces  trentenaires éblouissantes et surmédiatisées,  dont la plus néophyte des modeuses reconnaitrait le minois hâlé, renforcera le sentiment de proximité retrouvée précédemment évoqué. En plaçant la green attitude, le blanc immaculé ou encore le smocking chic en vedette des séries mode des deux numéros, en célébrant l’Amour ou le Cinéma au fil des pages culture, la nouvelle rédac’ chef  semble fermer définitivement les chapitres sulfureux, teintés de scandales et de provocations (porno chic, apologie de la fourrure,  fillettes de 10 ans posant maquillées comme des voitures volées) dont raffolait la ténébreuse Madame Roitfeld.

Et vogue l’annonce…

Ce renouveau plutôt rafraichissant, à défaut d’être réellement novateur, aurait-il convaincu les annonceurs ? Ou ces derniers ont-ils souhaité apparaitre coûte que coûte sur ces premiers numéros signés Miss Alt, et promis à de gros tirages ? Quoi qu’il en soit, la présence massive des annonceurs au cœur du nouveau Vogue est proprement insupportable. Vingt pages pour lire un sommaire perdu entre deux campagnes du luxe, soixante pages de publicité avant de tomber sur l’édito sacré, celles-là s’enchainant ensuite au rythme d’une page sur deux. Et là où la talentueuse quadra s’évertue à vouloir imposer sa nouvelle pâte, douce et gracile, la publicité plombe toutes ses nobles intentions.

A nous donc, chères lectrices, de décider si les financiers de la presse féminine vont aussi devenir ses croquemorts. Et si les contenus frais, lisibles et parfaitement pointus des nouveaux magazines digitaux ne valent pas mieux qu’une tendinite provoquée par le port d’un annuaire du luxe pesant près de deux kilos… A vous de juger !